vendredi 30 août 2013

Algarve et Sud Andalousie


Et voici les vacances familiales. Il y a deux ans, la famille était complète, nous étions cinq. L’année passée quatre et cette année, nous serons trois. Les deux garçons terminent leur année d’étude et Sophie la cadette se demande comment elle va faire pour survivre 18 jours avec ses deux vieux ! Et pourtant, au final, tout va bien se passer.
Le projet : la côte sud de l’Algarve et de l’Andalousie jusqu’à Gibraltar, c’est-à-dire 330 miles en 18 jours. (carte du trajet à la fin du billet)

Nous arrivons à Albufeira le 1er août et nous retrouvons Sothis qui nous a attendus deux semaines. La température bien agréable du Sud Portugal nous met immédiatement dans une ambiance de vacances et nous quittons le port le lendemain avec un vent de 17 nœuds nord-ouest. Destination : les superbes falaises de Praia de Marinha où j’étais déjà passé en juillet avec Jean-Paul en me promettant d’y revenir avec la famille.


Le vent va se lever doucement en montant à 31 nœuds. Mais bien protégé, le mouillage devant les falaises reste assez confortable. Et en fin d’après-midi un bord rapide nous amène à Vilamoura.
Comme toujours dans ces régions, l’entrée dans une marina nous oblige à nous amarrer deux fois : une fois au ponton d’accueil et une deuxième fois à l’emplacement attribué après avoir rempli de nombreux papiers et en nous acquittant d’une somme d’Euros qui en juillet et août, dans toutes ces régions, n’est pas vraiment bon marché.

Vilamoura, conformément à ce que nous avions pu lire dans le guide nautique, est une marina très touristique, chère et sans grand intérêt. Il faut dire que nous n’avons pas été visiter les environs qui semblaient plus prometteurs. Nous aurons en tout cas la possibilité de remplir les cales d’une grande partie des vivres dont nous avons besoin pour ces vacances.

La région de Faro et d’Olhao, tient toutes ses promesses.  J’avais eu l’occasion de la découvrir d'en haut, lors de la descente de l’avion vers Faro, et nous jetons l’ancre juste à l’endroit que j’avais identifié à travers le hublot. Nous resterons amarrés deux jours à l’abri de l’île Da Cullatra. 



Deux jours de repos avec de superbes balades sur les plages de l’île. Nous participons également à la fête du village de pêcheurs célébrant les femmes des marins.





















L’étape suivante nous conduit à la marina d’Ayamonte située sur le fleuve qui fait frontière entre le Portugal et l’Espagne. Nous voici en Espagne avec l’intention, à la marée basse du lendemain, de passer le pont pour remonter la rivière jusqu’à Alcoutim. Après un bon restaurant dans cette jolie ville, quoiqu’un peu bouffés par les moustiques, place aux calculs : le pont fait 20 m. Mais quel est encore le tirant d’air du voilier ? Je l’ai pourtant calculé avec précision en Suède, l’année passée, mais tout est resté dans le livre de bord précédent. La documentation technique du bateau indique 18,10 m auxquels il faut ajouter l’antenne VHF.  Cela fait au maximum 20 m et avec la marée, le pont doit en faire 23. Mais est-ce que c’est juste ? Vérification avec un Ovni français dont le mat a la même hauteur que le nôtre : tout va bien, il arrive aux mêmes chiffres. À son départ, notre voisin crie à sa femme qu’il a un problème moteur, mais juste après, tout va bien et il parvient à sortir du port sans problème. À notre tour : si la marche arrière pour sortir de l’emplacement se passe sans problème, plus moyen de tourner l’étrave vers la sortie du port. Nous sommes échoués. Il nous faudra pas mal de manœuvre et le propulseur d’étrave pour faire tourner le bateau vers la sortie et creuser lentement, moteur à 2000 tours, un sillon dans la vase pour quitter le port.

La remontée de la rivière Guardiana est superbe et nous nous ancrons en fin de matinée devant les deux villages d’Alcoutim au Portugal et Salucar de Guadiana en Espagne. Après la visite du village espagnol, la traversée de la rivière en annexe nous mène au Portugal en nous faisant perdre une heure. Cela nous permet de prendre deux apéritifs. 




Vue de Salucar de Guadiana depuis Alcoutim























Ces deux petites villes nous ont charmés et nous sommes encore restés longtemps finir notre litre de sangria sur les hauteurs d’Alcoutim en contemplant la nuit tomber sur l’autre versant.

























Le lendemain, au retour de l’embouchure du Guardiana, nous restons du côté Portugal en nous amarrant à la marina de Vila Real de Santo Antonio.  A nouveau une belle ville, qui vaut un détour.

Après un calcul des marées, nous entrons le 8 août dans la rivière qui nous mène à El Rompido.  Nous y passons deux belles journées de vacances, avec la visite de la presqu’île en face du port et de la petite ville.


El Rompido

La marée, encore elle, nous oblige à partir à 6:30 pour passer la barre en toute sécurité, mais nous constatons qu’il fait encore noir. Installés dans la douceur de ces vacances, nous n’avions pas encore remarqué qu’ici,  le jour ne se lève que vers 7:30… Tant pis, on y va, mais on profitera moins de la beauté de cette rivière.
Nous prenons la direction de Cadix, avec peu de vent, principalement au moteur. A la hauteur de Chipiona, un bon petit vent de SW se lève et nous oblige à louvoyer. Bizarre, les météos n’en parlaient pas. Au bout d’une 1/2 heure, il souffle à 20 nœuds. En arrivant devant Rota, il monte à 30 nœuds. Ras-le-bol , moteur et grand voile pour aller mouiller juste à l’est de Puerto Sherry.  Petite baie à conseiller, bien abritée, avec des pinèdes et la possibilité de nager.
Le lendemain matin, toujours 30 nœuds et un petit bord très rapide nous amène à Cadix, qui vaut bien sûr le voyage.  En tous cas, nous avons apprécié !



Mais notre objectif est d’aller plus loin encore et de découvrir Gibraltar que je n’ai plus vu depuis 1978.
Objectif raté ! Nous allons arriver à Barbate en fin de journée, bien secoués par un long louvoyage avec 28 nœuds de vent, à nouveau non prévus par les météos. 




Cette marina n’offre qu’un abri, la ville est sans intérêt, mais heureusement, le 13 août devrait nous offrir une accalmie dans le détroit de Gibraltar avec des vents contraires de ‘seulement’ 3 à 4. Avec un courant favorable cela doit aller.
Et nous voilà partis à quatre heures du matin, sans vent, au moteur. Pourtant, vers 8 heures, le vent d’est monte à 42 nœuds vrais et constants.  Ras-le-bol, demi -tour et arrivée, à nouveau sans vent à Barbate.

L’expérience d’une Belge rencontrée sur les pontons va résumer ce que nous avons rencontré assez souvent le long de la côte W de l’Espagne et du Portugal, ainsi que de la grande zone du détroit de Gibraltar : Vous prenez différentes météos. Vous sélectionnez celle qui annonce les rafales les plus fortes. Vous y ajoutez un ou deux BF et vous trouvez le vent constant que vous allez rencontrer.

Après avoir bien râlé, (le capitaine surtout qui se demande encore s’il n’aurait pas dû forcer un peu sur le moteur pour passer Tarifa) nous reprenons la route de Cadix sous spi, décidés à trouver un emplacement pour y laisser Sothis trois semaines. Après analyse, nous choisirons Cadix. Nous avons été mal accueillis à Santa Maria où en plus les prix sont très élevés. Et Cadix offre toutes les possibilités de transports et d’approvisionnement. Retour en Belgique après une belle visite de Séville (très très chaude, et très très belle).


Au revoir Sothis, patience, nous revenons dans 3 semaines pour te mener à Madère.


Cliquez sur la photo pour l'agrandir





vendredi 2 août 2013

De la Corogne jusqu’au cap Saint-Vincent


Alors, comment s’est passé cette descente ?
Très bien, rien à signaler !

Oui, mais encore, parle-nous de la météo
Je me souviens d’un ami qui me disait qu’il se rappellerait la descente du Portugal parce qu’il y avait rencontré beaucoup de vent ; il avait raison.



Dès le départ de la Corogne, nous avons rencontré des vents de nord-est soufflants entre 22 et 28 nœuds. Navigation facile sous génois seul. Mais à chaque fois que nous contournions un cap pour rentrer dans un port le vent, le vent montait avec des rafales souvent continues de l’ordre de 45 nœuds. Au début, je pensais que ce vent se calmerait en rentrant dans le port ou dans la baie mais cela n’a pas été le cas. Nous avons ainsi passé une nuit au mouillage avec un vent continu de 35 à 40 nœuds.


À partir du Cap Finisterre le vent est tombé et nous avons passé des moments tranquilles dans les différentes baies jusqu’à Bayonne. Mais nous l’avons retrouvé plus bas au cap Espichel, au sud de Lisbonne et bien sûr au cap Saint-Vincent ou une navigation tranquille sous spi s’est transformée en un bon plein avec 35 nœuds de vent.

Pour le reste, des vents légers du NE, obligeant parfois à mettre le moteur et deux jours de louvoyage par vent de sud-ouest qui nous a également offert le plaisir de tirer des bords carrés grâce à un courant contraire d’un demi-nœud.

Et enfin, la descente s’est faite avec un climat agréable et ensoleillé avec parfois quelques brumes. Nous avons ressenti une nette transformation à partir du cap Saint-Vincent avec des températures qui sont devenues beaucoup plus chaudes.


Et les ports ? Où êtes-vous allés ?













C’est le 28 juin que j’ai commencé la descente avec Lucian W. qui était déjà venu l’année passée pour aller à Stockholm, et nous avons fait un premier arrêt dans le port de Corme où nous avons mouillé une nuit avec ce fameux vent de 30, 35 nœuds. Le lendemain, nous sommes allés dans la marina de Camarinas.

Au passage du Cap Finisterre le troisième jour, le vent qui était fort est complètement tombé et c’est moteur que nous avons continué notre route vers Portosin. Cette marina nous a donné la possibilité de louer une voiture pour aller chercher les deux nouveaux équipiers à Saint-Jacques-de-Compostelle.



Et c’est à quatre avec Nicolas D. et Jacques P. que nous avons commencé la visite des baies jusqu’à Bayonne. C’est un endroit qui vaut vraiment le détour et nous avons eu la chance de le découvrir  avec un beau temps ensoleillé. 

Citons un mouillage à l’est d'Escarbote, une visite de la belle ville de Combaro qui nous a laissé d’excellents souvenirs et enfin un mouillage au nord de Bayonne avant de nous amarrer dans la marina.

Combaro

Combaro

J’aurais souhaité rester plus longtemps dans cette région, car il y avait encore de très nombreuses choses à voir et à visiter, mais il nous fallait progresser vers Porto pour des raisons de planning, d’avions et de changement d’équipiers.
L’étape suivante a donc été Lexoes où arrivés le soir vers 22 heures, nous avons profité de la possibilité de jeter l’ancre dans le port pour y  passer une excellente soirée et une bonne nuit. La marina n’est pas éloignée des transports en commun, ce qui nous a permis de visiter Porto et de laisser Jacques et Lucian à l’aéroport.

Porto

Porto


Et c’est avec Nicolas que nous avons continué notre descente en mouillant à  Aveiro puis à la marina de Figuera Da Foz.
Nous sommes restés deux jours à Nazaré où la vieille ville qui surplombe la mer vaut vraiment le détour.

Nazaré
Nazaré

A Péniche, nous avons accueilli Chris et Martine M. Et nous avons eu la chance de pouvoir passer une nuit à l’ancre devant l'île Berlenga. Nous avons fait pas mal de tours pour trouver l’endroit idéal pour jeter l'ancre, car les fonds augmentent très vite, et les places favorables sont occupées par les bateaux de tourisme. Mais nous avons réussi à trouver l’endroit idéal, par 12 m de fond et nous y avons passé une nuit tranquille.

Une navigation de 59 milles nous a amenés devant Lisbonne et nous avoir choisi de nous amarrer dans la marina Doca de Alcantara. Cette marina offre tout le confort est très proche de la ville et des transports en commun, mais elle souffre de deux inconvénients : le pont qui passe juste devant et qui enjambe le Tage est très bruyant. Rassurez-vous, la nuit on ne l’entend pas parce qu’une discothèque située sur le quai commence à distiller une quantité impressionnante de décibels à partir de 22 heures et cela ne s’arrête qu’à quatre heures du matin… Si vous souhaitez visiter Lisbonne, je vous conseille la marina située juste devant la tour Belem, ou plus à l’extérieur dans la marina Oeiras. C’est dans cette marina que nous avons accueilli Jean-Paul D. deux jours plus tard et elle nous a séduits.

Nos deux préférences à Lisbonne: La tour Belem et

le monastère des Hiéronymites

L’étape suivante nous a fait découvrir un superbe mouillage, Pontinho de Arrabida  situé juste au nord-ouest de l’entrée de la rivière vers Setubal. Vous y jetez l’ancre dans 5 m d’eau juste devant la plage surmontée d’une magnifique falaise.

Pontinho de Arrabida

Sines est également une escale très agréable. Nous avons passé la soirée au château où se tenait le festival de musique du monde. Cela reste un moment fort de cette descente.

L’étape suivante était plus longue, avec le passage du cap Saint-Vincent. Toute la descente s’est faite tranquillement sous spi, mais le vent s’est levé jusqu’à 35 nœuds après le passage du cap et a continué à souffler sur les 25 miles  qui le sépare de Lagos. Lagos est une agréable petite ville où il est facile de s’approvisionner. La gare est juste à côté de la marina et c’est en train que Chris et Martine ont rejoint Faro pour prendre leur avion.

Martine et Chris

Comme il nous restait trois jours avant se rejoindre Bruxelles, nous avons décidé de retourner voir le cap Saint-Vincent de plus près. Et à nouveau le vent s’est levé progressivement pour atteindre une trentaine de nœuds. Nous avons passé la nuit à l’ancre au pied de la falaise surmontée d’un monastère, juste avant le cap. Nous espérions que le vent tombe au coucher du soleil mais  il a continué à souffler à 30 noeuds toute la nuit. L’abri est signalé comme tout à fait protégé par vent de nord-est ; notre expérience le confirme.

Mouillage au pied du cap Saint-Vincent


Le lendemain matin, c’est sous trinquette et grand-voile arrisée que nous avons contourné le cap vers le large, juste pour le plaisir... Mais dès le passage du cap le vent est passé de 30 à 18 nœuds et nous avons commencé à remonter vers Lisbonne au près serré. Sous voilés avec la trinquette, nous avons remis pas mal de grand-voile avec un bon résultat. Et, après deux longs bords, c’est presque avec regret que nous nous sommes repassés le cap au portant en prenant le cap vers Portimao. 

Le cap Saint-Vincent

Et c’est le 23 juillet que nous avons laissé le voilier à Albufeira pour rejoindre Bruxelles. Cette dernière marina offre une totale sécurité pour un prix un peu moins cher que les autres ports de la région. Elle offre aussi l’avantage d’être très proche de l’aéroport de Faro.


vendredi 31 mai 2013

De Bruxelles à La Corogne : 1000 miles en 13 jours


Quelques bons passages de dépressions pendant la préparation du bateau début mai avaient fait monter l’inquiétude : comment respecter le planning et rejoindre la Corogne en deux semaines avec ce chapelet de dépressions et ces vents forts de sud-ouest ? Ces 1000 miles n’étaient-ils pas trop ambitieux ?
J’avais fini par me résigner à accepter de laisser le bateau à Brest si la météo devait être trop contraire.







   

Le canal et l’Escaut
En tenant compte des courants de marée dans l’Escaut, la date de départ est fixée au 15 mai. Mais le bateau est loin d’être prêt, le gréement courant retiré pour l'hiver n’est pas replacé et trois mois de vivre et de bagages s’entassent dans le carré et les trois cabines. Heureusement que dans le canal la mer est souvent calme ! 

Le passage de l’Escaut le deuxième jour s’est fait principalement au moteur, sous la pluie et avec une température automnale de moins de 10°.


Breskens – Ostende - Dunkerque
Un bon petit vent du Nord nous a permis de rejoindre Ostende, à la voile mais sous la pluie, dès le troisième jour. J'y embarque Dominique M. et Paul S. qui m’accompagnent pour ce convoyage.
Nous n'allons pas démarrer trop vite pour leur laisser le temps de s’amariner. L’étape suivante est donc  Dunkerque que nous rejoignons par petit temps sous le soleil.


Adieu aux terriens


























Dominique et Paul


  

Dunkerque – Cherbourg à 7,2 noeuds
Cherbourg est à  210 miles et les heures de marée qui nous sont favorables chaque matin depuis Bruxelles nous permettent un départ à 10h30. La météo est bonne et l’analyse des fichiers GRIB nous indique que nous aurons d'abord un vent du nord est forcissant et s’orientant vers l’ouest dans le courant de la nuit. Nous décidons donc de rester au large en longeant le rail des cargos et nous visons bien plus au nord que la route directe. Vers quatre heures du matin, le vent refuse avec le passage d’un front et nous offre des rafales à 35 nœuds. Comme l’allure devient du près assez serré avec 30 nœuds constant, nous hissons la trinquette pour arriver à 15h30 à Cherbourg réalisant ainsi une moyenne de 7,25 nœuds. Cela nous a permis de tester la nouvelle toile antiroulis placée dans le carré. Super !


Vers le cap Gris Nez à 7,5 noeuds





  

Cherbourg – Camaret : agressés par un dauphin ?!
Après un restaurant et une bonne nuit, départ à 6:30 heures précises pour passer le Ras Blanchart. Le vent de nord-ouest nous permet d’avancer très vite et de faire une pause bien arrosée le midi au Havre Gosselin sur l’île de Sark. Le temps est couvert mais nous profitons une nouvelle fois de la beauté impressionnante de ce lieu. L’île est couverte de genets.



Sark le Havre Gosselin



  
Nous repartons à 16h30 pour Camaret. Le vent nous sera à nouveau favorable en soufflant du Nord Nord-Ouest entre 15 et 20 nœuds et nous arrivons au petit matin dans le chenal du Four. 

Le vent est tombé, le courant est contraire et nous avançons au moteur. De nombreux dauphins tournent autour du bateau. À un moment des chocs répétés commencent à ébranler tout le voilier. Nous découvrons rapidement qu’il s’agit d’un dauphin qui tape sur l’avant du bateau avec sa queue. Dominique part à l’avant et l’observe taper pendant plus d’une minute. Y a-t-il un message ? Après vérification notre route est correcte et ne sachant que faire, je réduis le régime du moteur ; le dauphin arrête de taper. Nous n’avions jamais entendu parler d’un comportement pareil.



Camaret






  


Préparation à la traversée du Gascogne
Les deux jours suivants, nous subissons le passage d’une dépression avec des vents entre 25 et 30 nœuds. Pourtant, le soir du deuxième jour, les fichiers GIB et les météos nous annoncent le renforcement d’un anticyclone et une fenêtre de temps calme de deux jours et demi.  Une analyse plus précise avec le logiciel de routage qVlm nous indique que le passage doit être possible avant une nouvelle dépression et un vent du sud-ouest force six sur la Corogne. Ce passage devrait se faire essentiellement au moteur avec très peu de vent. Nous préférons un passage avec du vent, mais la fenêtre favorable suivante n'est prévue une semaine plus tard. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras...

Nous contactons un routeur de météo consult qui nous confirme nos informations. À la question de savoir quel est le risque, la réponse est que la dépression prévue pourrait arriver un peu plus tôt que prévu et nous apporter des vents forts et contraires avant la Corogne. Il ne faut donc pas traîner. C’est donc décidé, on y va demain matin. Pourtant, le vent souffle encore à 7 bf sur Camaret.


Le Gascogne
Et à nouveau tout va se passer exactement comme les fichiers météo nous l’avaient annoncé. Je reste impressionné de la précision des tendances et des directions de vent annoncée par les fichiers GRIB. La force des vents est moins précise. Il suffit de savoir que les vents faibles seront encore plus faibles et que les vents forts seront simplement plus forts.

Nous allons passer le Gascogne en 57 heures dont 50 au moteur souvent accompagné de la grand-voile ou des deux voiles nous permettant d’augmenter la vitesse d’un nœud. Après le passage de la bouée du bout de la chaussée de Sein nous verrons encore quelques cargos et puis plus rien pendant deux jours. Les dauphins vont nous accompagner sur la quasi-totalité du trajet. Une houle de direction variable rendra le passage peu confortable, mais est-ce que cela ne fait pas partie du contrat ?

Et dans le petit matin du troisième jour nous découvrirons les montagnes du nord de l’Espagne dans un vent refusant et commençant à souffler du sud-ouest force quatre. Nous profitons d’un dernier louvoyage de quelques heures le long de la côte espagnole et nous arrivons dans la marina à 16 heures. Vitesse moyenne 7  nœuds et des poussières pour faire ces 403 miles.






  

La Corogne
On ne peut pas dire qu’il y ait affluence dans la marina de la Corogne, mais tous les voiliers présents sont des voiliers qui naviguent loin. Ainsi un Santorin arrivant de la Rochelle et continuant vers les Açores ; un Pogo 40 venant de Méditerranée et continuant vers la Rochelle ; un autre voilier français de 10 m arrivant après trois semaines de navigation depuis les Canaries,… Nous voici dans un autre monde, le monde de la croisière hauturière. 

La ville est accueillante et offre toute les possibilités de fournitures. 
Cependant la dépression annoncée nous a rapidement apporté de la pluie, une température de 13° et une houle de 5 m dont les effets se faisaient nettement sentir dans la marina. Mais avec quatre amortisseurs en caoutchouc et en doublant les amarres nous pensons que le bateau est en parfaite sécurité pour cet arrêt d’un mois.




mardi 12 mars 2013

Croisière d’été 2013: Vers le nord ou vers le sud ?





Après la découverte de la Baltique, le projet 2013 était évident: Un voyage vers les latitudes nord avec comme objectif les îles Lofoten en passant par l'Écosse, les Orcades et les Shetlands.




Après discussion familiale, le projet a été classé sans suite. Le prix à payer pour voir ces superbes paysages, situés bien au-delà du cercle polaire, était considéré comme trop élevé (risque de 5 degrés centigrades, pluie, neige, brouillard, humidité, ....). Avec ce début précoce de mutinerie, le capitaine risquait de se retrouver fort seul à bord.

Un changement de cap de 180° a immédiatement calmé l'équipage et a même généré un enthousiasme plus que modéré.


Fini le Nord, EN ROUTE VERS LE SUD.




Sothis sera convoyé à un rythme soutenu (jour et nuit) vers le nord de l'Espagne au début de la saison, avec un départ de Bruxelles le mardi 14 mai (marée oblige). Ce convoyage de printemps comprendra la délicate traversée du golfe de Gascogne...

A partir du 25 juin et tout le mois de juillet, Sothis poursuivra sa route vers le sud avec une navigation côtière le long de l'Espagne et du Portugal. Nous prendrons le temps de découvrir ces régions soumises la plupart du temps à des vents réguliers du nord (les alizés Portugais). Les alizés sont des vents doux et chauds et vous devez sans doute déjà rêver, mais ces vents sont parfois assez forts l'après midi (4 à 6 beauforts et parfois plus près du cap du Finistère et de Saint Vincent). Heureusement, ils nous seront favorables et nous les aurons au portant. Mais, bien que sans danger aucun, la mer pourra parfois être bien agitée…




Les vacances familiales du mois d'août commenceront à Faro et nous prévoyons une navigation tranquille le long des côtes de l'Algarve et de l'Andalousie avec la visite des villes incontournables de Séville, Cordoue, Cadix, ...




Enfin, après les vacances familiales Sothis partira de Gibraltar et de Tanger pour rejoindre un lieu d'hivernage. Si Lisbonne est une première possibilité, nous la mettons en réserve. En effet, nous étudions encore les options sur les îles de l'atlantique, Madère et Canaries. Cette dernière étape se fera durant le mois de septembre.





Un trajet vers les Canaries nous demande de déjà penser à la croisière de 2014. Le climat nous permettrait de naviguer régulièrement pendant tout l’hiver. Mais que faire ensuite? 

Traverser vers les Antilles et faire un tour de l'Atlantique n’est pas envisageable actuellement. Mais il est possible de faire un tour des îles de l’Atlantique. 
En 2014, nous pourrions remonter les alizés vers Madère et les Açores. Cela demande de bien choisir les périodes où les alizés sont moins réguliers et moins forts, mais c’est possible. Le capitaine l’a déjà fait il y a 35 ans : Une navigation tranquille de Ténériffe vers Tanger en 10 jours sur un voilier de 11,5 mètres. 



Mais le monde a changé et pour la préparation du voilier, nous avons réalisé, en 2011 et en 2012 un certain nombre d'entretients et d'améliorations :

-        Placement d’un Bimini
-        Navtex
-        Radio ondes courtes BLU pour réception de fax météo
-        Baromètre enregistreur
-        Mise à jour des cartes Navionics
-        Remplacement des batteries
-        Replacement des extincteurs
-        Remplacement des fusées de détresse
-        Vérification du liferaft Viking 
-        Nouvelle balise EPIRB avec GPS
-        Replacement du joint du saildrive Volvo Penta
-        Vérification du gréement
-        Pose d’un étai largable
-        Vérification / renforcement du génois et de la grand voile
-        Nouvelle trinquette à ris
-        Nouveau tourmentin
-        Pose d’un tangon
-        Vérification préventive du réservoir de fuel et du circuit d’alimentation moteur
-    Lifestiling, matériel spécial de récupération de l’homme à la mer
-        Toile antiroulis.

En cas de navigation vers Madère et/ou Canaries :
     -  Téléphone satellite Iridium pour la sécurité et la météo.










samedi 15 septembre 2012

Retour de Baltique par le Skagerrak




Je rêvais d'un retour de 500 miles, en une étape, avec un vent moyen de force quatre, éventuellement au près ou au louvoyage, car il ne faut pas vouloir trop contrarier l’univers qui a quand même décidé que les vents dominants soufflent du sud-ouest.

Cependant, il devenait évident que depuis le 25 août la météo se dégradait. C'était peut-être parce que nous étions arrivés sur la côte ouest de la Suède et que la terre ne nous protégeait plus ou bien simplement que nous avancions dans la saison mais en tout cas l'été était derrière nous. Il était temps de rentrer.

Paul S. avait décidé de m'accompagner pour ce trajet et je l’accueille à bord le 27 août à Göteborg.

Marina de Göteborg


La météo est maussade et contraire et nous décidons de commencer par une étape vers l'île de Marstrand.
Nous y restons deux jours en attendant la fin du passage d'une dépression. Ce port qui était complet il y a encore 10 jours est quasi vide. La saison Suédoise est bien finie.

Marstrand























Les conditions semblent meilleures le 29 août avec des prévisions de vent de nord-est s'orientant progressivement au sud-est. Le vent, annoncé entre quatre et six beaufort, sera donc contraire au début mais viendra progressivement du travers.























Et c'est à peu près ce qui s'est passé. Notre cap est beaucoup trop vers le sud au début mais le vent adonne progressivement et nous pouvons enfin faire une route directe le long de la côte nord du Danemark. Le vent forci vers 20 heures, et il nous oblige à prendre progressivement des tours de rouleaux dans la grand-voile et dans le génois. Vers minuit, il souffle entre 30 et 32 nœuds avec des rafales à 34. En même temps, une alarme s'allume à la table à cartes : Le baromètre électronique nous prévient d'une possibilité de vent fort. ‘ Merci, on le savait déjà!’ Mais ce qu’il ne nous dit pas, c’est pourquoi nous avons ces 10 nœuds de vent de trop dont nous nous serions bien passés.

Déjà très secoués quoique ce soit un vent de terre, la direction du vent nous empêche de prendre un cap plus au sud vers le nord des Pays-Bas. Nous décidons de nous arrêter à Hanstholm, qui est situé juste au nord-ouest du sommet du Danemark. Le Reeds Nautical almanach indique que c’est un grand port de pêche qui n'accueille pas les bateaux de plaisance. Après un appel VHF pour demander la permission d'entrer dans le port, nous sommes vraiment bien accueillis et dirigés vers un quai couvert d'énormes pneus dont le blanc de la coque se souviendra longtemps. Nous nous amarrons à 2:30 après avoir parcouru 134 milles.

Hanstholm


La météo du jeudi 30 août n'est pas excellente et nous décidons de rester une nuit de plus à Hanstholm. Nous avons changé de l'argent, trouvé un magasin, un restaurant ; Nous restons étonnés en nous promenant dans la région de découvrir que les paysages de la Baltique ont disparu et nous nous retrouvons dans un paysage de dunes sablonneuses qui ressemble à la Belgique. Ce type de côte s'étend depuis le nord du Danemark jusqu'au-delà de la frontière avec la France et la côte est de l’Angleterre. Pourtant, les côtes rocailleuses et découpées de la Norvège ne sont qu’à 57 miles au nord.





Ces dunes et bancs de sable rendent la côte ouest du Danemark très inhospitalière. Les instructions nautiques indiquent qu'il est très dangereux de rentrer dans les ports lorsque le vent souffle du large à plus de cinq beauforts. Nous serons donc obligés de faire route jusqu'aux Pays-Bas en une étape. De plus, les îles de frise le long des côtes nord de l’Allemagne et des Pays-Bas ne sont pas plus accueillantes et ne proposent que trois abris : Helgoland, Borkum et Den Helder. Pour les autres, peu de profondeur, bancs de sable, courants et mer déferlante dès qu’il y a du vent.

Les prévisions du jeudi soir ne sont pas excellentes, mais après une nuit très venteuse, nous nous réveillons le vendredi sous le soleil et sans vent. Après l'analyse de plusieurs météos, nous décidons d'y aller. Le vent qui a soufflé du nord-ouest cinq à sept doit diminuer à quatre et s'orienter progressivement au sud-ouest, force de quatre à cinq, dans les 48 heures. Voilà qui est parfait, même si nous devrons terminer au louvoyage !

Le départ se fait au moteur, faute de vent, dans une mer de deux à trois mètres. En nous éloignant de la côte, le vent monte progressivement à 15, puis 18 nœuds et nous permet de faire une route directe avec une vitesse de six à sept nœuds vers Den Helder. En fin d'après-midi, nous retrouvons sous génois seul, bien roulé avec un vent portant de 28 à 33 nœuds.
Rontudjuuu, cela recommence, les prévisions météo étaient à nouveau erronées. Mais, bien que nous soyons assez secoués, nous avons au moins l'avantage d'avancer très vite et dans la bonne direction.

Le vent va tomber au cours de la nuit et puis au matin s'orienter doucement, comme prévu, vers le sud-ouest. Nous sommes à ce moment-là à quelques heures du premier rail des cargos et nous passons doucement en configuration de près serré.
La météo navtex nous rassure : Vent d'ouest à sud-ouest quatre pouvant augmenter momentanément à cinq. Tout va bien, nous devrions contourner Den Helder ce soir.

Et pourtant encore une fois ce n'est pas du tout ça qui va se passer : Ce vent de sud-ouest n'a aucune composante ouest, il est plein dans le nez, et en plus il monte progressivement à 25, puis à 32 nœuds. Avec le vent apparent, nous en dégustons 38 à 39, à nouveau 10 de trop !

Très rapidement, le génois roulé accuse un creux qui nous empêche de remonter au vent. C’est le moment d’utiliser pour la première fois notre dernier investissement de l’hiver passé : Une trinquette sur étai largable.

Comme elle est déjà grée, il suffit de la hisser. Ceux qui ont déjà fait cette manœuvre savent ce qu’il faut comprendre par ‘il suffit’.  Après cette bataille avec la drisse, la toile, le sac, les vagues qui passent sur le pont glissant, le harnais qui se bloque dans tout ce qui dépasse et la trouille de l’équipier que je glisse à la mer, nous avons le plaisir de constater que cette trinquette est parfaite. Elle améliore directement notre situation et nous permet de faire un cap très honorable. Comme le vent continue à forcir, nous allons progressivement rouler la grand-voile. Cette configuration nous permet de remonter, vite et sans problème jusqu'aux environs de 30 nœuds.


La trinquette


Vers  32 nœuds cela devient limite. Le voilier m'avait donné le conseil de rouler complètement la grand-voile si je constatais que nous étions sur-toilés  Après essais, cela ne fonctionne pas. Sans grand voile, la vitesse tombe directement aux environs de 3 à 4 nœuds. Quoique je pense que ce soit ridicule, je me décide à ajouter un tout petit bout de grand-voile, que j'estime à deux ou trois m². Cela ramène immédiatement la vitesse aux environs de six nœuds. Mais c’est décidé, nous allons ajouter une bande de ris à la trinquette et cela nous permettra de remonter au vent au-delà de 30 nœuds.

En attendant, la situation à bord est très inconfortable. Je n'aime pas ça et reste relativement inquiet.  C'est la première fois que je remonte dans un vent et une mer aussi forts avec ce bateau et bien qu'il se comporte parfaitement, je me demande comment il est possible que tout ce matériel résiste avec des efforts pareils. Bien sûr, des bateaux identiques ont vécu des situations bien plus difficiles… Mais je continue à prévoir ce que je ferais en cas de problème, en ne laissant rien paraître à l’équipier qui me regarde pour voir ce qu’il doit en penser. Est-ce que le tirant de l’étai largable a été bien fixé cet hiver ? Et s’ils s’étaient trompés ? Et si le pont se soulevait en laissant entrer la mer à flot dans la cabine avant ? Et si, et si, et si ...
La mer très chaotique, nous apporte régulièrement des coups de gîte qui mettent le pont et les hublots latéraux dans l'eau, les écoutes sont emportées et traînent derrière. La moindre avarie nous laisserait dans une situation très difficile. Nous restons attachés dans le cockpit, il est difficilement possible d'aller aux toilettes, d'ailleurs elles vident leur contenu à la gîte dans les salles de bains. Il est difficile de manger, impossible de dormir et pour garder la vitesse, je dois barrer la plupart du temps. Cette punition va durer 15 heures. Heureusement, notre approche de la côte nous permet de retrouver le pilote automatique car le ‘fetch’ et donc la mer diminuent.

Den Helder est bien sûr oubliée et nous allons tenter de nous abriter à Borkum qui se situe sur la frontière entre l'Allemagne et les Pays-Bas. Sans notre trinquette et avec le courant contraire, il nous aurait été impossible de remonter suffisamment au vent pour y arriver et c'est vers l'île d’Helgoland que nous aurions dû aller pour nous réfugier, ce qui aurait représenté un très grand détour, pour y arriver et en revenir, se chiffrant en dizaines d'heures de navigation.

Nous arriverons à Borkum à 5:45 le matin après 40 heures de navigation et un parcours de 278 milles. Le bateau est en parfait état, pas une seule goutte d'eau à bord, mais l'équipage est assez cassé.

Ce qui est marquant dans le nautisme est la succession de très hauts et de très bas. Avec mon père, nous avons un code pour l’exprimer: ‘A ce moment là, j’ai vendu mon bateau, mais le lendemain matin, en prenant mon petit déjeuner au soleil, je l’ai racheté.’ Cela veut simplement dire qu'il a sérieusement dégusté en se demandant une fois de plus pourquoi il continuait à naviguer.

Encore un qui devait en avoir marre du bateau ...


Nous rachèterons, nous aussi, le voilier en profitant d'une journée à Borkum et en visitant la ville balnéaire qui n’est pas mal du tout et qui propose de très nombreux restaurants. Un conseil, le glacier italien situé devant l’arrêt du bus vaut le détour.

Nous repartons le lundi 3 septembre avec un courant et un léger vent contraires : Moteur. En suivant la côte, nous nous orientons de plus en plus vers le sud-ouest, mais le faible vent tourne avec nous et reste tout à fait contraire : Moteur.

Au petit matin, après une nuit tranquille, nous sommes agressés par une intense lumière verte juste sur notre route. Probablement un rayon laser. En même temps la VHF nous appelle et nous demande de nous écarter d'un mile d'un navire qui est juste devant nous. Le navtex nous avait prévenus mais je n’avais pas porté attention à ce message noyé parmi tous les autres.

Peu après le vent se lève, le courant se renverse et devient portant, et nous allons passer la journée à louvoyer le long de la côte des Pays-Bas. Car bien sûr le vent est toujours du sud-ouest, c'est-à-dire juste dans le nez.

Mais nous avançons vite et nous passons l'entrée de Rotterdam vers 16 heures avec un voilier hollandais qui se charge de la communication avec les autorités portuaires qui ont une façon de parler le néerlandais qu’il nous est difficile de comprendre même pour Paul qui est néerlandophone. Stress, il y a toujours autant de cargos dans tous les sens ; une zone à éviter dans la mesure du possible, je déteste.

Le vent va ensuite adonner et faiblir et nous allons terminer notre trajet au moteur en empruntant la petite passe le long de la presqu'île de Walkeren.

Et nous aurons le plaisir de nous amarrer à une heure du matin à Breskens : Petite bière bien méritée, même deux et au lit.

Nous avons navigué 39 heures depuis Borkum et parcouru un nombre de miles important que la fatigue m'a fait oublier de noter…

Mais depuis Göteborg nous avons parcourus 742 miles.